Trois semaines s’étaient écoulées depuis que Laurent était parti. Sans claquer la porte, sans scènes — il avait simplement fait son sac et disparu, comme si cela allait de soi. Ce qui surprit Natali, ce ne fut pas son départ, mais le silence qu’il laissa derrière lui.
Le téléphone se taisait.
Les enfants ne posaient pas de questions.
Même Victor — lui aussi avait disparu.
Pour la première fois depuis des années, Natali dormait normalement. Sans angoisse, sans repasser les conversations en boucle dans sa tête. Elle s’habituait à une nouvelle réalité — une réalité où personne n’exige, ne presse, ne pose d’ultimatum.
Au travail, tout se déroulait calmement. Le soir, elle buvait du thé près de la fenêtre, regardait la cour et se surprenait à penser quelque chose d’étrange :
elle se sentait en paix.
C’est pour cela que la sonnerie de la porte, ce samedi matin-là, parut si déplacée.
Natali ouvrit sans regarder par le judas.
Sur le seuil se tenait Victor.
Amaigri. Le visage gris. Sans son habituel sourire plein d’assurance.
— Salut… — dit-il à voix basse. — Il faut qu’on parle.
*
Natali ne l’invita pas à entrer. Elle ne le chassa pas non plus. Elle se contenta de le regarder.
— Laurent m’a dit que tu avais déposé les documents au tribunal, — poursuivit-il. — C’est… un malentendu. Je rendrai tout. J’ai juste besoin de temps.
— Combien ? — demanda calmement Natali.
— Eh bien… quelques mois. Trois au maximum.
Elle esquissa un sourire bref.
— Amusant. Tu l’as déjà dit.
Il avala sa salive.
— Tu ne comprends pas. Si tu vas jusqu’au bout, je vais perdre l’appartement.
— Non, Victor. Tu l’as déjà perdu. Tu ne l’as simplement pas encore accepté.
Il fit un pas vers elle.
— Tu n’es pas un monstre, Natali. Nous sommes une famille.
Elle leva les yeux vers lui.
— Une famille ne me crie pas dessus par l’intermédiaire d’un frère. Une famille ne m’ordonne pas de vendre ma voiture. Et surtout, une famille ne disparaît pas avec l’argent.
*
Victor se redressa brusquement.
— Tu le regretteras. Laurent ne laissera pas ça comme ça.
À cet instant, le téléphone de Natali vibra.
Un message.
De Vincent.
« Natali, c’est urgent. Laurent a déposé une plainte. Il demande l’annulation du contrat de prêt. Appelle-moi. »
Natali releva lentement les yeux vers Victor.
— On dirait, — dit-elle, — que la conversation ne fait que commencer.
Puis elle referma la porte.
*
Le procès ne dura pas longtemps. Laurent arriva avec un avocat — jeune, nerveux, avec une chemise de dossiers plus épaisse que ses arguments. Il parla de « pression », de « circonstances familiales », affirma que Natali avait profité de la situation.
La juge écoutait en silence.
Puis Natali se leva.
— Je n’ai profité de la faiblesse de personne, — dit-elle d’une voix posée. — J’ai protégé ce qui m’appartient. On m’a placée devant un ultimatum. J’ai choisi non pas de céder, mais d’agir dans le cadre de la loi.
Elle remit les documents.
Les signatures.
Les délais.
Les conditions.
Vincent était assis à côté d’elle et n’intervint même pas — tout était clair sans lui.
La décision fut rendue le jour même.
La plainte de Laurent fut rejetée.
Le contrat fut reconnu comme valide.
*
Victor quitta la salle le premier. Sans se retourner.
Laurent resta un instant de plus.
— Tu as changé, — dit-il d’une voix sourde. — Tu es devenue dure.
— Non, — répondit Natali. — Je suis devenue moi-même. Avant, c’était simplement inconfortable pour toi.
Il voulut dire quelque chose — et n’y parvint pas.
Un mois plus tard, Natali fit enregistrer l’appartement de Victor à son nom. Pas par vengeance. Par principe. Elle ne le vendit pas immédiatement — elle le loua. L’argent alla aux enfants, aux vacances, à cette même voiture qu’elle n’avait jamais vendue.
Laurent appela encore quelques fois.
Écrivit de longs messages.
*
Présenta ses excuses.
Elle ne répondit pas.
Un soir, Lynn lui demanda :
— Tu ne regrettes pas ?
Natali regarda par la fenêtre, où elle apercevait son reflet — calme, solide.
— Ceux qui regrettent sont ceux qui se sont donnés gratuitement. Pas moi.
Elle referma l’ordinateur, éteignit la lumière et alla se coucher.
Car désormais, elle le savait :
parfois, la fin d’un mariage n’est pas une tragédie.
C’est le début d’une vie sans ultimatum.