— Le Nouvel An est terminé, — dit Marie. — Prends ta famille et libère l’appartement.
Marie se réveilla le deux janvier inhabituellement tôt — non pas à cause du bruit derrière le mur ni du cliquetis de la vaisselle dans la cuisine, mais à cause d’une étrange sensation intérieure : un vide mêlé à une clarté cristalline de l’esprit. Elle ouvrit les yeux et resta immobile quelques longues secondes, fixant le plafond immaculé de la chambre, comme si elle essayait de comprendre à quel moment précis son foyer avait cessé d’être le sien.
Derrière la cloison mince, quelqu’un ronflait bruyamment, avec un sifflement caractéristique. Dans le couloir étroit, un matelas gonflable grinçait désagréablement — quelqu’un s’y retournait lourdement, incapable de trouver une position confortable. Dans la cuisine, l’eau du robinet coulait doucement mais obstinément : sans doute l’un des nombreux invités s’était levé à l’aube pour grignoter quelque chose, sans se soucier de l’hôtesse ni de savoir si cela la dérangeait.
*
Marie se redressa lentement, posa ses pieds nus sur le sol froid et passa ses mains sur son visage fatigué. Sa tête était étonnamment claire, malgré le fait qu’elle se soit endormie bien après minuit la veille, complètement épuisée par la cuisine et le ménage sans fin. D’ordinaire, après de telles fêtes, elle se réveillait brisée, avec une lourdeur dans les tempes et un désir brûlant de dormir encore. Mais aujourd’hui, c’était différent : ses pensées étaient nettes, et sa perception de la réalité douloureusement lucide.
L’appartement, qu’elle avait acheté avant le mariage avec son propre argent durement gagné, s’était transformé, durant ces jours de fête, en un véritable lieu de passage sans règles. Des matelas gonflables recouvraient le sol de toutes les pièces ; des manteaux lourds et des doudounes étrangères pendaient à chaque crochet libre dans l’entrée ou étaient jetés négligemment sur le dossier des chaises de la cuisine. L’odeur persistante des plats de la veille s’était incrustée dans le revêtement clair de son canapé préféré et flottait lourdement dans l’air.
Marie enfila un peignoir éponge chaud et traversa l’appartement en silence, regardant dans chaque pièce.
Dans le salon spacieux, affalés sur son canapé clair et coûteux — celui qu’elle avait choisi pendant des mois — se trouvaient le cousin de son mari, Laurent Dubois, et sa femme corpulente Catherine. Ils occupaient tout le canapé. À côté, sur un matelas qui se dégonflait lentement, leur fils adolescent Mathieu ronflait bruyamment, des chaussettes sales et des vêtements froissés éparpillés autour de lui.
Dans la petite pièce confortable qui était autrefois son bureau calme avec un ordinateur et un bureau, s’était installée la sœur de son mari, Julie, avec ses deux enfants : Lucas, cinq ans, et Emma, trois ans, dormaient pêle-mêle sur un lit pliant, entourés de jouets colorés et de vêtements froissés. Même dans le couloir étroit, quelqu’un avait réussi à s’installer sur un tapis de sol juste devant la porte.
La famille de son mari Paul était venue « juste pour quelques jours afin de fêter joyeusement le Nouvel An tous ensemble », comme il l’avait assuré fin décembre, mais elle avait rapidement envahi tout l’appartement et se comportait comme dans une base de vacances bon marché avec service complet.
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— Marie, ma chérie, où sont les serviettes propres ? demanda bruyamment sa belle-mère Madeleine Fournier, fouillant sans gêne l’armoire de la salle de bain et étalant le linge par terre.
— Marie, je peux monter le son de la télé ? Il y a le match, disait déjà le beau-frère cadet Thomas, attrapant la télécommande sans attendre de réponse.
— Tata Marie, elles sont où les bonnes biscuits ? Celles dans la boîte rouge ! criait Mathieu depuis la cuisine, ouvrant tous les placards.
— Marie, tu as un chargeur pour iPhone ? criait Julie depuis la salle de bain.
Le trente et un décembre et toute la première journée du Nouvel An, Marie avait passé son temps debout, du matin jusqu’au cœur de la nuit. Elle coupait des salades, faisait frire la viande, dressait la table, débarrassait la vaisselle sale, lavait des montagnes d’assiettes et de casseroles, cuisinait encore et nettoyait encore. Le soir du premier janvier, tout son corps lui faisait mal, le bas de son dos tirait, ses jambes étaient gonflées — et pourtant, personne ne lui avait proposé une véritable aide.
Paul se promenait dans l’appartement, détendu et satisfait.
— Dans notre famille, on fête toujours ensemble, disait-il avec un sourire, sans remarquer qu’elle servait tout le monde en silence du matin au soir.
— Je suis très fatiguée, Paul, dit-elle doucement.
— Fatiguée ? s’étonna-t-il sincèrement. — Mais maman t’a aidée ! Vous avez cuisiné ensemble.
— Aidée ? Marie s’arrêta et se tourna lentement vers lui. — Vraiment ? Ta mère est restée assise à table toute la soirée à raconter des histoires. Elle n’a même pas débarrassé son assiette une seule fois.
Paul voulut répondre, mais à ce moment-là, des rires éclatèrent dans le salon, quelqu’un réclama du café, et la conversation resta suspendue — inachevée, lourde comme une pierre.
Marie se tenait dans le couloir, un sac poubelle à la main, et comprit soudain une chose : si elle se taisait maintenant, elle ne saurait plus jamais s’arrêter.
*
Le matin du deux janvier mit tout à sa place.
Marie se versa un verre d’eau. Ses mains ne tremblaient pas. À l’intérieur, il régnait un calme surprenant — ni larmes, ni hystérie, seulement une décision claire.
Elle entra dans le salon sans baisser la voix.
— Paul, lève-toi. Nous devons parler. Tous.
La pièce s’anima. Catherine leva la tête avec agacement. Laurent grogna. Julie passa la tête par la porte. Madeleine sortit de la salle de bain en s’essuyant les mains avec une serviette qui ne lui appartenait pas.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle froidement.
— Ce qui se passe, c’est que les fêtes sont terminées, répondit calmement Marie. — Aujourd’hui, vous faites vos valises et vous partez.
Un silence épais s’abattit.
— Comment ça, on part ? s’indigna Catherine. — On avait dit pour une semaine !
— Vous en avez parlé avec Paul. Pas avec moi.
Paul fit un pas en avant.
— Marie, tu es sérieuse ? Il y a des enfants…
— Je suis sérieuse, l’interrompit-elle. — C’est mon appartement. Je l’ai acheté avant le mariage. Et je ne suis pas obligée d’être une domestique gratuite.
*
— Donc nous sommes des étrangers pour toi ? lança Madeleine avec venin.
— Ce qui était étranger, c’était le manque de respect, répondit Marie. — Et il y en a eu trop ici.
— Mais on aidait ! protesta Julie.
— Tes enfants ont griffonné mon bureau, dit calmement Marie. — Et je n’ai même pas entendu “pardon”.
Les préparatifs commencèrent dans les soupirs, les claquements de portes et les murmures. Certains se plaignaient au téléphone, d’autres gardaient un silence démonstratif. Mais à midi, l’appartement était vide.
Quand la porte se referma derrière les derniers invités, Marie parcourut les pièces. C’était sale, en désordre — mais silencieux.
Paul se tenait dans l’entrée.
— Tu ne pouvais vraiment pas faire autrement ?
— Je pouvais, répondit-elle. — Mais alors j’aurais cessé de me respecter.
Il hocha la tête.
— J’ai besoin de temps.
— Prends-le. Mais pas ici.
Elle ferma la porte derrière lui, s’y adossa et, pour la première fois depuis longtemps, s’autorisa à respirer.
Le Nouvel An était vraiment terminé.
Et avec lui — la vie où ses limites n’intéressaient personne.