Mon mari m’a écrit : « Bonne chance, pauvresse » — puis il est parti avec sa maîtresse. En un seul clic, je lui ai retiré 15 millions

*

Sophie vit le message apparaître sur l’écran de son téléphone exactement au moment où elle se penchait pour ramasser la cuillère tombée sur le sol. La coïncidence était presque cruelle. Marc prenait sa douche — l’eau coulait derrière la porte fermée — et le téléphone reposait sur la table, déverrouillé, comme s’il ne lui était même pas venu à l’esprit que la vérité puisse éclater de façon aussi banale.

« Demain à cette heure-ci, nous serons déjà dans la chambre, mon chat. J’ai choisi la robe pour le dîner sur le toit. »

Sophie se figea. Puis elle se redressa lentement et prit le téléphone dans sa main. Elle ouvrit la conversation avec « Ella ».

Des photos : une jeune femme en lingerie. Marc avec un verre de vin. Leurs selfies à l’aéroport — souriants, insouciants, comme s’il ne s’agissait pas d’une trahison, mais de la réalisation d’un rêve. Plus bas, la réservation de l’hôtel :

Mandarin Oriental, Tokyo.
Deux personnes. Sept nuits.

Le lendemain, il devait partir en déplacement professionnel. À Séoul — c’est ce qu’il disait. Pour des négociations importantes, après lesquelles ils devaient enfin retirer l’argent du compte et acheter un appartement pour les enfants. Huit ans d’économies. Sans vacances. Sans dépenses superflues. En comptant chaque centime.

*

Sophie reposa le téléphone exactement à la même place. Ramassa la cuillère. Retourna à la cuisinière. La soupe bouillonnait, formant une mousse trouble, mais elle ne bougea pas. Elle fixait un point, comme si elle voulait graver cet instant dans sa mémoire.

Quand Marc sortit de la salle de bain, elle lui tournait le dos et remuait lentement la soupe.

— Sophie, pourquoi tu ne dis rien ? — il passa ses bras autour de ses épaules.

Elle se retourna et le regarda droit dans les yeux.

— Rien. Je suis juste fatiguée. Tu pars demain, n’est-ce pas ?

— Oui. Seulement pour une semaine. Tu tiendras le coup ? — il sourit et l’embrassa sur la joue.

Elle hocha la tête.

— Je tiendrai.

Le matin, Marc faisait sa valise. Sophie était assise au bord du lit et le regardait plier soigneusement ses chemises.

— Marc, tu vas bien à Séoul ? — demanda-t-elle calmement.

Il se retourna brusquement.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que je vais à Séoul.

— Avant, tu me montrais toujours l’itinéraire, les documents. Maintenant, plus rien.

*

Il claqua la valise et ferma la fermeture éclair avec colère.

— J’ai déjà la tête pleine, et toi tu me fais un interrogatoire. Je dois me justifier maintenant ?

Sophie s’approcha de la fenêtre.

— Non, tu n’es pas obligé. Pars où tu veux. Et avec qui tu veux.

Il se tut. Puis, après un moment, il lui tendit son téléphone.

— Billet pour Séoul. Contente ?

Elle regarda.

— Contente.

Une demi-heure plus tard, il se tenait dans l’embrasure de la porte.

— Si jamais quelque chose arrive à l’argent pendant mon absence, ne touche pas au compte.

— Je n’y toucherai pas.

Il esquissa un sourire amer.

— Bonne chance, pauvresse. Sans moi, tu n’aurais même pas économisé un centime.

La porte claqua.

Sophie resta immobile dans le silence, jusqu’à ce que ses pas disparaissent. Puis elle s’assit à la table.

Le téléphone était posé à côté d’elle.

*

L’écran s’alluma tout seul — une notification de l’application bancaire.
Opération programmée pour le matin. Montant important. Compte commun.

Sophie fixa les chiffres longtemps.

Elle retira son alliance et la posa à côté du téléphone.

Puis elle ouvrit ses contacts et écrivit :

« Laura, j’ai besoin de ton aide. Urgent. Il s’agit d’argent. »

Elles se retrouvèrent une heure plus tard dans un café. Laura travaillait au service de sécurité d’une banque et parlait calmement, sans émotion.

— Ce n’est pas seulement une trahison. Ce sont des fonds communs.

— Lui pense qu’il y avait droit.

— Tu as accès au compte ?

— Oui. Toujours.

— Alors tu peux bloquer les opérations. En un seul clic.

Sophie sortit son téléphone. Identifiant. Mot de passe. Code.

Elle appuya.

« Les opérations sur le compte ont été temporairement suspendues. »

*

Deux heures plus tard, le téléphone vibra.

Marc :
Qu’est-ce que tu as fait ?! Le compte est bloqué ! Je suis à Tokyo !

Sophie :
Je n’ai pas touché au compte. Tu me l’avais demandé.

Elle ne répondit plus.

Une semaine plus tard, il revint. Seul.

— Cet argent est à moi !

— À nous. Pour les enfants.

Le divorce se déroula rapidement. Le compte fut partagé conformément à la loi.

Un mois plus tard, Sophie signa le contrat pour l’appartement.

Le soir, elle était assise avec une tasse de thé, regardant par la fenêtre.

Le téléphone restait silencieux.

Et elle savait une chose :
on n’a plus besoin de lui souhaiter bonne chance. Elle s’en est sortie toute seule.